AFP - Tchad: violents combats près de N'Djamena, la France évacue ses ressortissants
La progression des rebelles hostiles au président tchadien Idriss Deby Itno a été stoppée vendredi par de violents combats à 50 km de N'Djamena, mais l'armée n'a pas réussi à s'imposer et les habitants de la capitale attendaient, fébriles, une confrontation majeure.
L'ambassade de France à N'Djamena a appelé les ressortissants français à se "regrouper" dans trois sites de la capitale tchadienne en vue d'une éventuelle évacuation, en raison de l'avancée rebelle, a-t-on appris de source diplomatique dans la nuit de vendredi à samedi.
"La phase de regroupement a commencé depuis minuit (23H00 GMT vendredi)", a-t-on appris auprès de l'ambassade. "L'évacuation n'est pas encore déclenchée", a toutefois ajouté la même source. Les Français résidant à N'Djamena sont invités à se rendre dans les trois sites de regroupement situés dans le centre de la capitale: le lycée français, la cité Béguinage et la cité Lamy.
Après avoir avancé pendant cinq jours sur plus de 700 km sans rencontrer de résistance, l'alliance des trois principales rébellions tchadiennes a trouvé vendredi sur sa route les forces gouvernementales dans la zone de Massaguet, à 50 km à vol d'oiseau de N'Djamena, sur l'axe reliant l'est du Tchad à la capitale. De violents affrontements, qui ont duré une heure, ont éclaté dans la matinée. Le même scénario s'est reproduit l'après-midi.
Les informations en provenance du front sont contradictoires, et les deux camps se livrent à une "guerre des communiqués". Après les combats du matin, l'état-major de l'Armée nationale tchadienne (ANT) a ainsi affirmé avoir "détruit entièrement cette colonne" rebelle. "C'est nous qui les poursuivons", a rétorqué un chef rebelle, Timan Erdimi. Dans la soirée, le ministre tchadien des Affaires étrangères, Amad Allam-Mi, a déclaré à l'AFP à Addis Abeba qu'une attaque de rebelles sur N'Djamena avait été repoussée et que la capitale était "calme et sous contrôle".
"Je tiens à démentir toutes les rumeurs insinuant que des combats se déroulent dans N'Djamena, ou que deux hélicoptères ont été abattus. Les rebelles ont été défaits après de sérieux affrontements", a-t-il affirmé. Dans l'après-midi, les rebelles avaient affirmé avoir pris le dessus et avancer de nouveau vers N'Djamena. "Nous avons affronté une colonne dirigée par le président Deby", a assuré Timan Erdimi. "On les a complètement +cramés+, mais Deby a pu s'enfuir (...). Nous venons à N'Djamena", a-t-il ajouté, promettant d'atteindre la capitale d'ici samedi matin.
Cette nouvelle progression n'a pas été confirmée de source indépendante.
En revanche, des sources militaires tchadiennes ont reconnu que la "bataille de Massaguet (avait) été très violente" et que "l'armée n'(avait) pas réussi à s'imposer".
Une source militaire à N'Djamena a expliqué que le président Idris Deby , arrivé au pouvoir par la force en 1990 et qui participe souvent aux combats en première ligne, était "vraisemblablement sur place au front", avant de regagner la capitale. Le chef de l'Etat se trouvait vendredi soir au palais présidentiel, a affirmé à l'AFP un responsable de la présidence.
Le Tchad a informé l'ONU de son intention d'user de son droit à l'auto-défense face à "l'agression orchestrée (...) par le Soudan", y compris en poursuivant les agresseurs en territoire soudanais.
Cette offensive rebelle, la plus importante des dernières années, coïncide avec le lancement d'une force européenne (Eufor) censée venir protéger les réfugiés soudanais du Darfour voisin, ainsi que les déplacés tchadiens et centrafricains, dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique. Vendredi toutefois, l'envoi d'une soixantaine de soldats autrichiens et irlandais a été repoussé en raison de l'instabilité du pays.
Depuis jeudi, une certaine fébrilité a gagné N'Djamena, où les réseaux de téléphonie mobile tchadiens ont été coupés.
Alors que la traversée du pays par des groupes armés depuis le Soudan, où ils avaient établi leurs bases, avait été suivie pas à pas par les autorités, qui bénéficient des renseignements aériens collectés par les avions du dispositif militaire français Epervier, les rebelles avaient semblé plus difficiles à localiser au fur et à mesure qu'ils approchaient de la capitale.
Certains responsables tchadiens ont même soupçonné la France de "cacher" certains renseignements. Dans la capitale, les rues, quadrillées par un imposant dispositif militaire et constamment survolées par des hélicoptères tchadiens, étaient désertes.